vendredi 13 janvier 2017

Biographie : Eugénie Camille PÉROLAT

Eugénie Camille PÉROLAT
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Pierre Joseph Émile Ernest PERLY
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Ma grand-mère
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Mon père
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Moi

Charles LANSIAUX, Ternes - Point n°201 - vers Paris, 13 novembre 1919
(source : Archives de Paris - VO4 70/202)
Eugénie Camille PÉROLAT est née le 14 janvier 1871 des mains du docteur Paul Rémy LEDRESSEUR, docteur en médecine. Elle voit le jour dans l'appartement de ses père et mère du 72 avenue des Ternes dans le 17e arrondissement, en plein milieu du fameux siège de Paris. Le 18 janvier de cette même année, Victor HUGO note "J’émiette aux poules notre pain noir. Elles n’en veulent pas." (Victor HUGO, Choses vues 1849-1885, Paris, Gallimard, 1997, p. 605). Ce pain noir dont il vaut mieux ignorer la composition est fabriqué par les boulangers parisiens dont fait partie François Eugène PÉROLAT, le père d'Eugénie Camille qui vient de naître. Il vit en concubinage, sans être marié, avec Alphonsine Florestine SOUCHAY, couturière, et qui est la mère de l'enfant. Il est pourtant indiqué dans l'acte de naissance que c'est un "enfant légitime" et les deux parents sont nommés. L'officier de l'état-civil avait probablement d'autres chats à fouetter en pleine commune. Quelques semaines après la naissance d'Eugénie Camille, les Prussiens font leur entrée dans Paris. 

***, ...Triumphal entry into Paris., by the German army, ca. 1871
(source : Library of Congress, domaine public)
Les parents d'Eugénie Camille PÉROLAT vont néanmoins légitimer leur union deux ans plus tard, probablement le temps que les choses s'apaisent dans la commune de Paris. Ils se marient à la mairie du 2e arrondissement et on sent encore l'ambiance militaire qui règne dans la ville (deux gardes républicains et un sous-lieutenant sont témoins du mariage). Ils en profitent pour reconnaître officiellement leur fille. Ils vont vivre à Paris jusqu'à ce qu'Eugénie Camille atteigne l'âge de 7-8 ans. Elle a alors deux soeurs : Alphonsine et Marguerite Rosalie. 

Ils décident alors de revenir à Romorantin (Loir-et-Cher). En effet, la mère d'Eugénie Camille PÉROLAT est issue d'une famille d'industriels romorantinais : son père Toussaint Silvain SOUCHAY est fabricant de draps, ainsi que l'un de ses frères, un autre frère est fabricant de machines à coudre. Des entreprises qui ont mené toute la fratrie à vivre à Paris et certains à voyager en Égypte et en Angleterre. Sa mère, Madeleine Rosalie GAVEAU, est cousine avec l'inventeur des pianos du même nom également originaire de Romorantin (Loir-et-Cher). 

(source : Heredis 2017)
Les parents d'Eugénie Camille PÉROLAT tiennent alors une boulangerie rue de Beauvais à Romorantin (Loir-et-Cher) qui emploiera jusqu'à trois ouvriers boulangers. On peut donc imaginer que les affaires furent prospères. C'est aussi à cette époque que naissent ses autres frères et soeurs : 
  • Victorine Adrienne dite Jeanne en 1882
  • Eugène Alphonse Désiré en 1883
  • Françoise Marie Antoinette en 1888
  • Aimée Agathe Léa Sabine en 1890
  • Benjamin Pascal Anatole Eugène en 1892
En 1890, enceinte de trois mois d'un ouvrier boulanger nommé Joseph PERLY (peut-être employé par son père ?), elle l'épouse le 19 avril de cette même année. Ils seront les parents de quatre enfants, le premier né à Romorantin (Loir-et-Cher) et les autres à Tours (Indre-et-Loire) où ils déménagent. 
  • Madeleine Eugénie en 1890
  • Marguerite Alphonsine Henriette en 1893
  • Henri Antoine Benjamin en 1899
  • Pierre Joseph Émile Ernest en 1905
La plupart des frères et soeurs et des enfants d'Eugénie Camille PÉROLAT retourneront vivre à Paris où la famille finit par être bien implantée. Vers 1906, tandis qu'elle demeure à Tours (Indre-et-Loire) avec sa famille, elle va exercer la profession de nourrice et déclare deux enfants vivant à son domicile lors du recensement de cette même année : Marcel ENJALBERT et Lucienne VILANE. Sa belle-mère Agathe Adélaïde PINON vit également à leur domicile alors que son époux est toujours vivant et demeure toujours à Romorantin (Loir-et-Cher).

Je n'ai qu'une seule photographie d'elle en 1928 (elle a alors 57 ans) lors du mariage de son fils cadet avec Marie Madeleine Victorine BRANCHU. C'est une femme forte, à la peau mate et coiffée en chignon, qui ressemble beaucoup à ma grand-mère (qui est sa petite-fille). 

Madeleine Marie Victorine BRANCHU, Pierre Joseph Émile Ernest PERLY, Joséphine Marie BENOIST, Louis Victor BRANCHU, Joseph PERLY, Henri Antoine Benjamin PERLY, Eugénie Camille PÉROLAT rue du Cluzel à Tours en 1928
(source : Archives personnelles)
L'année d'après, elle traversera la mort de son mari. Après avoir vu le jour sous le siège de Paris et l'occupation par les Prussiens, elle s'éteint le 10 novembre 1943 à Tours (Indre-et-Loire) en pleine occupation de la France par l'Allemagne nazie. Elle est alors âgée de 72 ans et aura traversé bien des épisodes de l'Histoire de France. 

Biographie : Joseph PERLY

Joseph PERLY
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Pierre Joseph Émile Ernest PERLY
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Ma grand-mère
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Mon père
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Moi

(source : remonterletemps.ign.fr)
Joseph PERLY voit le jour le 17 mai 1863 aux Étangs dans la commune de Lanthenay (Loir-et-Cher) située dans la banlieue nord de Romorantin. C'est le fils aîné de Louis Benjamin PERLY, vigneron, et d'Agathe Adélaïde PINON, vigneronne. La famille va demeurer aux Étangs jusqu'à ses 5 ans environ. C'est là que naîtront ses frères Armand en 1865 et Ernest en 1868. 

Lorsqu'il a 8 ans, il est placé dans la maison de ses grands-parents, Benjamin PERLY et Étiennette THEILLAY aux Arches à Lanthenay. Il y vit avec son oncle Alexis PERLY et Silvine FRAUDET, leur domestique, qui finira par épouser Alexis PERLY. Pour quelle raison a-t-il été mis chez ses grand-parents alors que ses parents vivaient avec leurs deux autres fils et leur fille Ernestine née en 1873 ? J'ai remarqué une légère fréquence dans ces régions du centre de la France à placer les aînés chez les grands-parents. Peut-être servait-il d'aide à la vigne, mais ses grands-parents avaient toujours leur fils cadet Alexis qui vivait avec eux ...

(source : Heredis 2017)

Toujours est-il qu'à ses douze ans, il vit toujours chez ses grands-parents avec son oncle et sa tante Alexis PERLY et Silvine FRAUDET qui, n'ayant pas eu d'enfants, l'élèveront peut-être comme s'il était leur enfant. Joseph PERLY n'a donc pas grandi avec ses véritables parents et frères et soeur.

En 1881, alors âgé de 17 ans, il retourne vivre chez ses parents, avec ses frères et soeur à la Malicorne, lieu-dit situé juste sous Les Étangs, toujours à Lanthenay (Loir-et-Cher). Son livret militaire, établi deux ans plus tard, ne nous apprend pas grand chose, si ce n'est que Joseph PERLY n'est pas très grand (1m61) et qu'il est blond aux yeux gris. 

Joseph PERLY
(source : Archives personnelles)
Voici une des rares photographies que je possède où on peut le voir, probablement vers la cinquantaine, poser chez un photographe. Il avait les cheveux courts et une grande moustache, il est de petite taille, mais assez fin. 

Lorsqu'il envisage de se marier, en 1890, c'est la fille d'un boulanger de Romorantin (Loir-et-Cher) qui rencontre ses faveurs : Eugénie Camille PÉROLAT. C'est chez les parents de la future épouse qu'est passé le contrat de mariage la veille du mariage, le 18 avril 1890 devant maître Georges Gustave Clovis GABILLON. 

(source : Archives départementales du Loir-et-Cher - 3 E 22 1694)
Alors qu'il était précédemment journalier ou vigneron, il est dit ouvrier boulanger dans son contrat de mariage. Il est fort probable qu'il avait été recruté comme mitron à la boulangerie des PÉROLAT et que c'est là qu'il a rencontré la fille du boulanger dont il est tombé amoureux. Les PÉROLAT tenaient une boulangerie située rue de Beauvais à Romorantin (Loir-et-Cher), peut-être cette boutique où il est écrit "Pâtisserie" sur cette photographie. Dans tous les cas, il a déjà consommé ce mariage car Eugénie Camille PÉROLAT est enceinte de trois mois au moment de passer le contrat de mariage, ce qui peut avoir précipité l'engagement. 

(source : Archives départementales du Loir-et-Cher - 6 Fi 194/168)
Joseph PERLY apporte en dot, outre ses "habits, linges, hardes bijoux et objets à son usage personnelle et composant sa garde robe" :
  • "un livret de la Caisse d'Epargne de Romorantin" pourvu de 415, 25 francs
  • une somme de 151,90 francs "a lui due par les époux Ernest Pineau et dame Irène Lemoine sa femme"
Eugénie Camille PÉROLAT apporte en dot, outre ses "habits, linges, hardes, bijoux, joyeux et objets à son usage personnel composant sa garde robe" : 
  • "un lit complet et garni, une commode, une table en guéridon et quatre chaises, le tout en noyer et huit draps" estimés à 1 000 francs
Signatures du contrat de mariage
(source : Archives départementales du Loir-et-Cher - 3 E 22 1694)
Le mariage a lieu le lendemain. La mariée étant déjà enceinte, six mois plus tard naît à Romorantin (Loir-et-Cher) sa fille aînée Madeleine Eugénie PERLY. 

En 1893, le couple a décidé de déménager à Tours (Indre-et-Loire) où naît leur deuxième fille, Marguerite Alphonsine Henriette. En 1899 naît Henri Antoine Benjamin et en 1905 mon ancêtre Pierre Joseph Émile Ernest. Je ne connais pas vraiment les destins de ses trois premiers enfants, si ce n'est que ses deux filles étaient couturière et que son fils aîné fut fourreur à Paris. 

Je peux continuer la suite de l'histoire de cette famille grâce aux photographies que nous possédons. Les PERLY sont catholiques (bien que j'aie trouvé une branche collatérale protestante, le protestantisme semblant assez bien implanté à Romorantin) car Pierre Joseph Émile Ernest PERLY fait sa communion vers 1917. 

Communion de Pierre Joseph Émile Ernest PERLY vers 1917
(source : Archives personnelles)

En 1921, Pierre est placé en apprentissage de prothésiste dentaire à Tours. Il est étonnant de voir qu'aucun de ses deux fils n'a souhaité effectuer la même profession. Je pense que, contrairement aux PÉROLAT qui tenaient leur propre boulangerie à Romorantin (Loir-et-Cher), en déménageant à Tours (Indre-et-Loire), Joseph PERLY ne travaille plus que comme porteur de pain au service d'une boulangerie qui n'est pas la sienne. Il a donc dû orienter ses fils vers d'autres métiers. C'est ainsi que ses deux fils seront l'un fourreur et l'autre prothésiste dentaire. 

Pierre Joseph Émile Ernest PERLY (à droite) vers 1921
(source : Archives personnelles)
En 1928, Pierre Joseph Émile Ernest PERLY, son fils cadet fait la rencontre de Madeleine Marie Victorine BRANCHU, divorcée de Maurice André LUTZ après un très éphémère mariage de deux ans. Elle est la fille d'un photographe et pharmacien. Ils se réunissent tous à Tours (Indre-et-Loire) cette année là dans la maison de la famille PERLY, rue du Cluzel, soit pour les fiançailles, soit après le mariage qui a lieu au Mans (Sarthe). 

Madeleine Marie Victorine BRANCHU, Pierre Joseph Émile Ernest PERLY, Joséphine Marie BENOIST, Louis Victor BRANCHU, Joseph PERLY, Henri Antoine Benjamin PERLY, Eugénie Camille PÉROLAT rue du Cluzel à Tours en 1928
(source : Archives personnelles)
Joseph PERLY aura peut-être été informé de la naissance de ma grand-mère en mai 1929 au Mans (Sarthe) et peut-être aura-t-il rencontré sa première petite-fille. Il décède quelques mois plus tard, le 14 décembre 1929, à Tours (Indre-et-Loire) âgé de 66 ans.

mardi 10 janvier 2017

Biographie : Françoise dite Lucie SAINT-YRIEIX

Françoise dite Lucie SAINT-YRIEIX
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Yvonne Marguerite Marie SUIVRE
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Mon grand-père
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Mon père
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Moi

(source : Delcampe.fr)
Françoise SAINT-YRIEIX naît le 26 juin 1876 à Jumilhac-le-Grand (Dordogne), dans l'hôtel ou auberge que tiennent ses parents, avenue de Saint-Yrieix. Ses deux frères aînés survivants sont Henri, âgé de 5 ans, et Jean Bernard âgé de 2 ans. Antoinette, née avant elle, et Zélia, née après elle, n'auront toutes deux pas la chance d'arriver jusqu'à l'âge de un an. Très tôt dans les recensements, la petite Françoise est surnommée Lucie par sa famille. Ses parents préféraient-ils ce nom à celui de Françoise ?

Lorsqu'elle a deux ans, ses parents déménagent place de la Halle à Jumilhac-le-Grand, et sa mère donne le jour à François qu'on appelle Léon en famille. Parlons justement de ses parents : son père, Louis SAINT-YRIEIX était domestique, prisonnier en Prusse pendant la guerre de 1870 et devint ensuite aubergiste à son retour ; sa mère Catherine MAZAUE (qu'on appelait Marie ou Marguerite) tenait l'hôtel avec lui. 

Françoise a 5 ans quand naît sa soeur Marie, dite Henriette, 7 ans quand naît sa soeur Marguerite et 11 ans quand naît sa soeur Maria. Voici l'état de sa famille lors du recensement de 1891 (elle a alors 14 ans et est surnommée Lucie).

(source : Archives départementales de la Dordogne - FRAD024_6MI146_0153 - p. 161)
Elle passe un contrat de mariage le 5 mars 1894 dans la maison de ses parents avec Élie dit Édouard SUIVRE, cordonnier, qu'elle s'apprête à épouser. La dot offerte par sa famille est fort modeste : "les draps de lit neuf" pour 60 F, "deux douzaines de serviettes" pour 26 F, "une couverture en laine" pour 20 F et "une somme de mille francs". 

Françoise dite Lucie SAINT-YRIEIX et Élie dit Édouard SUIVRE vers 1920
(source : Archives personnelles)
Elle donne alors naissance à trois filles : Marie Jeanne à 18 ans, Suzanne Alice à 20 ans et Yvonne Marguerite Marie à 24 ans. Son père la quitte en 1904 alors qu'elle n'a que 27 ans. Le prochain décès qu'elle verra sera celui de sa fille Marie Jeanne, morte de la grippe espagnole en 1918. 

Ces événements tragiques seront suivis de l'heureuse nouvelle du mariage de sa fille Yvonne Marguerite Marie en 1925 avec Baptiste DESVEAUX, un employé des chemins de fer originaire de la Charente. Françoise est alors âgée de 49 ans. Elle mourra cinq ans plus tard à Jumilhac-le-Grand, le 14 août 1930, âgée de 54 ans. 

Élie dit Édouard SUIVRE, Françoise dite Lucie SAINT-YRIEIX et leurs trois filles vers 1914
(source : Archives personnelles)

samedi 7 janvier 2017

Biographie : Élie dit Édouard SUIVRE

Élie dit Édouard SUIVRE
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Yvonne Marguerite Marie SUIVRE
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Mon grand-père
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Mon père
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Moi

Élie SUIVRE naît le 21 février 1864 à Jumilhac-le-Grand (Dordogne), dans le faubourg de la Croix-Bancaux, probablement dans cette maison ancienne qui appartenait encore à la famille dans les années 1950 et où il a vécu toute sa vie. 

(source : Archives personnelles)
Il est le sixième enfant de Jean SUIVRE, maître cordonnier et marchand et d'Isabeau dite Élisabeth REBEYROL, marchande. Ses frères et soeurs aînés sont : 
  • Marie, décédée à 3 ans
  • Élie, âgée de 12 ans (prénommé comme lui, ce qui explique que notre Élie, arrivé deuxième, ait été appelé Édouard toute sa vie)
  • Marie, âgée de 9 ans
  • Marguerite, âgée de 6 ans
  • André, âgé de 3 ans et sourd muet de naissance
Son père a un ouvrier cordonnier âgé de 15 ans vivant à leur domicile, Joseph SAUZAT. Cinq ans après la naissance d'Élie naîtra un dernier enfant dans le foyer, une autre Marguerite, que l'on surnommera Suzanne. La tradition du surnom est tenace chez mes ancêtres de Dordogne. Dans ce cas précis, on voit bien que dans une famille qui a compté deux Marie, deux Élie et deux Marguerite, elle est indispensable pour séparer les enfants. Reste à savoir pourquoi on donnait le même prénom à plusieurs enfants à l'époque. Jusqu'à ses 4 ans, sa grand-mère paternelle, Marie POULINAS, veuve et infirme, vivra chez eux avant de décéder. Quels souvenirs a pu garder Élie de cette femme née en 1800 ?

(source : Heredis 2017)
En 1875, alors qu'il est âgé de 11 ans, son frère aîné Élie, cordonnier comme leur père, épouse Marie CHARCHOULIS, la fille d'un cercleur originaire de Vaunac (Dordogne). Le jeune couple vivra un temps avec eux avant de prendre leur indépendance. L'année précédente, sa soeur Marie alors âgée de 18 ans et servante chez la veuve CHABANNEAU accouche d'une petite fille qu'elle nomme Marie Élisabeth. L'enfant sera placé en nourrice à Sarrazac (Dordogne) chez Pierre LAGORCE et meurt à seulement 22 mois. 

En 1884, comme tous les jeunes gens de son époque, il est convoqué pour le service militaire. Les habitants de Jumilhac-le-Grand (Dordogne) partent faire leur recrutement militaire à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Le livret de matricule permet d'avoir une description physique de nos ancêtres masculins.

(source : Archives départementales de la Corrèze - R 1136 - p. 312)
Il est immédiatement dispensé de service militaire comme "soutien de famille". Il n'effectuera que deux périodes d'exercices en 1891 et 1895 dans la 12e section d'infirmier de Limoges (Haute-Vienne). 

Dix ans plus tard, le 5 mars 1894, il se rend au domicile de M. et Mme SAINT-YRIEIX pour dresser le contrat de mariage avec leur fille Françoise SAINT-YRIEIX qu'il a demandé en mariage. Les parents de sa future épouse tiennent un hôtel à Jumilhac-le-Grand (Dordogne). 

Signatures du contrat de mariage
(source : Archives départementales de la Dordogne)
Élie SUIVRE apporte en dot : 
  • la maison des Croix-Bancaux (en photo plus haut) composée d'une cuisine et d'une chambre au rez-de-chaussée et de deux chambres au premier étage, ainsi que d'un jardin de l'autre côté de la rue pour une valeur totale de 2 000 F. 
  • "un fonds mobiliers comprenant les meubles, meubles-meublans, ustensiles de literie" d'une valeur de 1 000 F
  • "un fonds de boutique de cordonnier, ensemble le matériel & les ustensiles de profession" d'une valeur de 2 000 F
  • "une somme de deux mille francs qu'il a en espèces devers lui [...] lui provenant de ses gains & economies"
Françoise SAINT-YRIEIX apporte une dot modeste : 
  • "les draps de lit neuf" pour 60 F
  • "deux douzaines de serviettes" pour 26 F
  • "une couverture en laine" pour 20 F
  • "une somme de mille francs"
(source : Archives départementales de la Dordogne - 5MI12714_012 - p. 10)
Il est amusant de voir que le prénom de substitution d'Élie est même inscrit dans son acte de mariage : "appelé Edouard en famille". J'ai quelques photos de ce couple, dont une prise vers 1929 et très abimée, mais que je trouve néanmoins très belle. 

Françoise SAINT-YRIEIX et Élie dit Édouard SUIVRE vers 1929
(source : Archives personnelles)
Élie exerce donc la profession de maître bottier, à la suite de son père, de son arrière-grand-père, et de son arrière-arrière-grand-père. Les SUIVRE semblent avoir travaillé le cuir de toute éternité. Leur patronyme vient d'ailleurs de "suire", dérivé de "suor" qui veut dire : "travailleur du cuir". 

Ils auront trois filles : 
  • Marie Jeanne en 1895
  • Suzanne Alice en 1897
  • Yvonne Marguerite Marie (mon ancêtre) en 1900
La famille Suivre vers 1914
(source : Archives personnelles)
Élie semblait être un homme très sévère sur les photos. Mon grand-père m'a confirmé ce caractère très dur qu'il avait avec ses trois filles. Les trois filles SUIVRE ont un type très espagnol, très mates de peau avec des yeux noirs qui leur vient de leur père semble-t-il. 

Marie Jeanne SUIVRE vers 1915
(source : Archives personnelles)
L'aînée, Marie Jeanne, était institutrice. Je la trouve magnifique sur cette photo. Elle meurt très jeune, en 1918, âgée de seulement 23 ans, victime de la grippe espagnole qui aura fait tant de ravages en France au sortir de la Première Guerre mondiale. 

Marguerite dite Suzanne SUIVRE, l'âne Mimi, et Suzanne Alice SUIVRE (nièce de la première)
(source : Archives personnelles)
La deuxième fille, Suzanne Alice, a vécu bien plus longtemps, mais ne s'est jamais mariée. Elle est ici en photo avec sa tante Marguerite que l'on nommait Suzanne et je me demande si elle ne serait pas sa marraine ou si cela n'expliquerait pas ce prénom peu répandu dans la famille.

Yvonne Marguerite Marie SUIVRE vers 1918
(source : Archives personnelles)
Enfin, mon arrière-grand-mère, Yvonne Marguerite Marie, qui ressemble vraiment à une espagnole sur cette photo. Élie gardera des liens étroits avec sa seule descendance issue de sa dernière fille. C'est en effet lui qui déclarera la naissance de son petit-fils (mon grand-père), né à Étaules en Charente-Maritime.

Acte de naissance de mon grand-père
(source : Archives municipales d'Étaules)
Il sera également présent en 1950, un an avant son décès, au mariage de mes grands-parents au Mans (Sarthe) comme en atteste cette photo où il se tient à côté de sa fille Yvonne. 

Élie dit Édouard SUIVRE et Yvonne Marguerite Marie SUIVRE en 1950
(source : Archives personnelles)
Sa femme l'avait quitté 21 ans avant lui, en 1930. Le mois d'après, il recevait la mention honorable de la Médaille d'honneur de la Mutualité (Journal officiel de la République française, n°209, 5 septembre 1930, p. 10 249) en qualité d'ancien secrétaire de la société de secours mutuels Saint-Aubin. Élie s'éteint le 13 septembre 1951 à Jumilhac-le-Grand (Dordogne), à l'âge honorable de 87 ans. 

jeudi 5 janvier 2017

Biographie : Louise BESSE

Louise BESSE
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Baptiste DESVEAUX
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Mon grand-père
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Mon père
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Moi

Louise BESSE voit le jour le 12 juin 1854 dans le village de Forgeas sur la commune de Saint-Bazile (Haute-Vienne). Elle est le quatrième enfant de Léonard BESSE, propriétaire et cultivateur, et de Marie GIRY, également propriétaire et cultivatrice.

Le village de Forgeas, à l'ouest du bourg de Saint-Bazile
(source : Archives départementales de la Haute-Vienne - 3 P 146)
Son frère aîné, François, a 9 ans au moment de sa naissance, et ses autres aînés, Jean et Marie mourront quelques années après sa naissance, alors qu'elle avait trois et cinq ans. Peut-être avait-elle quelques souvenirs de ces enfants qu'elle avait connu dans sa première enfance.

Louise est la seule de sa fratrie à être née à Saint-Bazile, dans le village de Forgeas où vivait la famille GIRY (sa famille maternelle). Il y a fort à parier que Marie GIRY, enceinte, s'était rendue chez ses parents au moment où elle y a accouché. Avant et après cet événement, la famille BESSE vivait au village de la Buzatière à Chéronnac (Haute-Vienne).

(source : Archives départementales de la Haute-Vienne - 46 Fi 7277)
Lorsque Louise est âgée de deux ans, lui naît une autre soeur nommée à nouveau Marie. L'autre Marie, aînée, mourra quelques mois plus tard.

(source : Heredis 2017)
Les décès vont s'enchaîner dans cette famille. Sont-ils dus à la maladie ? À la dureté de la vie dans les campagnes ? Alors qu'elle n'a que quatre ans, Louise BESSE perd son père Léonard qui meurt au jeune âge de 37 ans. Puis c'est au tour de son frère Jean, âgé de 10 ans. Puis, sa mère, Marie GIRY, âgée de 33 ans !

Alors qu'elle a seulement 5 ans, Louise BESSE se retrouve orpheline avec un frère aîné de 13 ans et une petite soeur d'un an. Je sais par un conseil de famille ultérieur qu'elle a été d'abord placée sous la tutelle de Léonard LÉONARD, probablement son oncle (il avait épousé sa tante Marie BESSE).

(source : Geneanet)
Il lui est ensuite désigné comme tuteur Jean TIPHONNET, propriétaire cultivateur, pour lequel je ne trouve pas pour l'instant de lien de parenté avec elle. Le 10 janvier 1867, il est nommé son tuteur. Et le 18 avril 1872, il convoque un conseil de famille à Rochechouart (Haute-Vienne) pour le futur mariage de Louise BESSE, sa pupille, avec le sieur Pierre DESVEAUX.

(source : Archives départementales de la Haute-Vienne)
"A comparu
Le Sieur Jean
Tiphonnet, propriétaire et culti-
vateur, demeurant et domici-
lié au village de chez Danier
commune de Chéronnac, et
agissant en qualité de tuteur
de la mineure ci-après nom=
mée, qualité qui lui a été
conférée par délibération de
Conseil de famille prise de=
=vant Monsieur le Juge de Paix
du canton de Rochechouart"

Il semble que les famille BESSE en Haute-Vienne et les famille FOURGEAUD et DESVEAUX en Charente, vivant chacun d'un côté de la "frontière" de ces départements aient fréquemment noués des alliances entre eux, ce qui peut expliquer le choix de ce mariage. Le conseil de famille, convoqué pour décider ou non d'autoriser la mineure de 17 ans à se marier, est donc réuni le 18 avril 1872 devant Jean Baptiste Hippolyte DERVAUD, juge de paix du canton de Rochechouart (Haute-Vienne). Il est constitué de la manière suivante.

Ligne paternelle : 
  • Jean CALLANDRAUD, propriétaire et cultivateur, époux de sa cousine au 3e degré
  • Jean VIAUD, propriétaire et cultivateur, son cousin au 3e degré
  • Jean TIPHONNET, son tuteur (qui aurait donc un lien avec sa famille paternelle ?)
Ligne maternelle : 
  • François BARRAUD, propriétaire et cultivateur, qui est dit "cousin-germain par alliance de la mère de la mineure" 
  • Jean GIRY, propriétaire et cultivateur, son grand-oncle
  • François BESSE, propriétaire et cultivateur, son frère
L'unanimité de cette assemblée se prononce pour son mariage, à l'exception de Jean CALLANDRAUD qui vote contre, "Louise Besse étant âgée de moins de dix-huis ans". Se mariage, de l'avis du conseil de famille "présentant à tous égards les conditions et avantages qu'on peut désirer pour ladite mineure". Ce même conseil statue sur le type de régime à adopter dans le futur contrat de mariage. Dans quelle mesure Louise BESSE a-t-elle pu être maîtresse de son destin et du choix de son époux ?

Huit jours plus tard, à Vayres (Haute-Vienne), est passé le contrat de mariage entre les futurs époux dont le détail est exposé dans la biographie de Pierre DESVEAUX. Orpheline et héritière d'un tiers des biens de ses parents, Louise BESSE apportera une dot assez importante comportant notamment un corps de ferme et ses dépendances à Rochechouart (Haute-Vienne). Les naissances, alors, se succèdent. À 18 ans, elle donne le jour à Marie Joséphine, à 20 ans à Jacques, à 23 ans à Jean, à 26 ans à Pierre, à 30 ans à Anne, à 33 ans à Anne et à 38 ans à Baptiste. Elle assistera aux mariages de tous ses enfants.

Pierre DESVEAUX, Louise BESSE et Jacques DESVEAUX en 1935
(source : Archives personnelles)
Je n'ai pas encore son acte de décès, mais d'après les notes de mon grand-père, elle est décédée le 16 janvier 1937 à Suris (Charente) où elle vivait avec son époux, à l'âge de 82 ans. La photo ci-dessus a été prise deux ans avant son décès.

vendredi 9 décembre 2016

Biographie : Pierre DESVEAUX

Pierre DESVEAUX
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Baptiste DESVEAUX
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Mon grand-père
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Mon père
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Moi

Pierre DESVEAUX naît le 26 novembre 1850 au Village du Petit Jaugnat à Vitrac-Saint-Vincent (Charente). Au moment de sa naissance, son père est propriétaire. Il a déjà deux soeurs aînées dans la famille, Anne âgée de 6 ans, et Anne âgée de 3 ans. 

(source : Archives départementales de la Charente - 11 FI 416/001)
La naissance de Pierre succède à celle d'un autre Pierre décédé à l'âge de 10 mois à la Goirandie à Massignac, probablement quand la famille vivait alors chez leur grand-mère Anne FOURGEAUD. 
(source : Heredis 2017)
Comme on le voit, dans cette famille, il est habituel pour les hommes, tous propriétaires, de savoir signer. En revanche, on ne prend pas la peine d'apprendre à écrire aux femmes ... Les DESVEAUX habitent au lieu-dit du Petit Jauniat depuis des siècles (la première trace trouvée à ce jour date de 1781). C'est un lieu dit situé près de La Grange du Maître, domicile de la famille VEYRET avec laquelle les DESVEAUX ont de nombreuses alliances (on peut voir Catherine VEYRET dans l'arbre ci-dessus, arrière-grand-mère de Pierre DESVEAUX). 

(source : Archives départementales de la Charente - 3 P)
Le corps de ferme qu'on peut voir sur le cadastre de 1839 existe toujours aujourd'hui. C'est une grosse exploitation agricole. Mon grand-père m'a dit qu'ils avaient des ruches, des boeufs, probablement aussi des cultures, mais je ne suis pas sur pour ce dernier point. L'élevage de boeufs serait lui confirmé par cette description de la commune dans un ouvrage du début du XXe siècle : "La commune de Vitrac-Saint-Vincent est une des plus importantes du canton ; elle tient le troisième rang comme superficie et le cinquième comme population. [...] L'agriculture est prospère ; l'élevage du bétail y tient le premier rang et la surface consacrée aux pâturages dépasse la moitié de la superficie totale de la commune." (Jules MARTIN-BUCHEY, Géographie historique et communale de la Charente, Châteauneuf-sur-Charente, Chez l'auteur, 1914-1923, p. 222)

(source : Google Maps)
Lorsque la dernière soeur de Pierre (encore une autre Anne, la troisième !) naît en 1855, il est alors âgé de 4 ans. Toute la famille est partie à Mouzon, au lieu dit de Chez Mourgoux. C'est une possession beaucoup plus récente de la famille plutôt associée à la famille FOURGEAUD (sa famille maternelle). Ils semblent faire des aller-et-retour entre Mouzon et Vitrac-Saint-Vincent (malheureusement les recensements sont incomplets), les deux villages n'étant séparés que par Montemboeuf. Lorsque Pierre a 10 ans, ils vivent à nouveau à Vitrac-Saint-Vincent, et lorsqu'il a 21 ans, ils sont de retour à Mouzon. En effet, en 1871, son père Jean DESVEAUX sera maire de cette commune et ajoutera un "m" pour "maire" à la suite de son nom depuis lors dans sa signature. 

(source : Archives départementales de la Charente - 3 E 256/9 - p. 206)
Lorsqu'il est âgé de 13 ans, sa soeur aînée Anne épouse Jean BROUSSAUDIER. L'année suivante, son autre soeur Anne épouse un autre Jean BROUSSAUDIER (frère du précédent). 

(source : Heredis 2017)
Le 23 avril 1872, les parents de Pierre, Jean DESVEAUX et Anne FOURGEAUD font venir leur notaire Maître HUGONNEAU de Massignac pour donner procuration à leur fils de passer un contrat de mariage. C'est Anne FOURGEAUD qui mène la barque, elle semblait être une forte femme et une forte personnalité (d'une part par la récurrence du prénom Anne dans la famille depuis qu'elle y est entrée, mais aussi parce qu'elle est présente partout et pour tous les actes). Traditionnellement, au XIXe siècle, les actes notariés se présentent dans la forme suivante : "Est comparu M. Untel, est comparue Mme Untel de son mari autorisée". Ici, nous avons la confirmation du caractère fort de "la Dame Desveaux" car la formulation de l'acte est assez particulière : 

(source : Archives départementales de la Haute-Vienne)
"a comparu : Mme Anne Fourgeaud sans profession, épouse de M. Jean Desveau propriétaire aussi sans profession avec lequel elle demeure au village de chez mourgoux commune de Mouzon. Laquelle assistée et autorisée de M. Desveau son mari, a ce présent, la fait et constitue pour son mandataire spécial, aux effets ci-après, et lui a donné pouvoir de pour elle et en son nom". C'est donc elle qui comparait, c'est elle qui gère l'argent dans la famille et son mari l'autorise à s'occuper de tout en toute indépendance. Dans cette procuration, elle autorise son fils Pierre à aller passer contrat de mariage à Rochechouart (Haute-Vienne) avec sa future épouse, et à y faire don dans ce contrat d'une "pension annuelle et viagère de trente francs", et "en outre pour deux cents francs d'objets mobilier qui lui seront livrés le jour et avant le mariage". 

Louise BESSE (à gauche) et Pierre DESVEAUX (à droite) vers 1909. Sur toutes les photos de lui, il semble porter de larges favoris
(source : Archives personnelles)

Le contrat de mariage entre Pierre DESVEAUX et Louise BESSE, une orpheline héritière d'une certaine fortune immobilière, a lieu le 26 avril 1872 à Rochechouart (Haute-Vienne). Pierre est âgé de 21 ans et sa future épouse de 17 ans. La formulation étonnante a lieu à nouveau, le père de Pierre, Jean, agi "en son nom personnel et, en outre, en qualité de mandataire de la dite Anne Fourgeaud son épouse". Elle ne s'est pas déplacée, mais elle autorise son mari ! L'oncle de Pierre, Jacques DESVEAUX est également présent car il va lui faire une donation. Louise BESSE, orpheline, est représentée par son tuteur Jean TIPHONNET. Au delà des dons que nous avons vu ci-dessus, Jacques DESVEAUX (probablement pour équilibrer les apports des deux époux), fait une donation de 6000 F à son neveu. Il faut dire qu'il n'a pas eu d'enfants de son mariage avec Anne FOURGEAUD (soeur de notre Anne FOURGEAUD qui est la mère de Pierre qui nous concerne ...).

La future épouse de Pierre apporte une dot assez considérable puisqu'elle est orpheline avec pourtant un frère et une soeur encore vivants. Elle apporte en dot "la propriété qu'elle possède au village du Breuil et dans ses dépendances sur le territoire de la commune de Rochechouart et par extension sur le territoire de la commune de Pressignac" d'une valeur de 17 937,90 F, 1 263,75 F d'objets mobiliers ainsi que 1 500 F que lui doit son précédent tuteur Léonard LÉONARD, soit une dot totale de vingt mille huit cent dix-neuf francs cinq centimes.

Pierre DESVEAUX et Louise BESSE se marient le 7 mai 1872 à Mouzon (Charente) avec pour témoins Pierre POURSAC et Jacques DESVEAUX, oncles de l'époux, Jean GIRY, cousin de l'épouse et Jean LÉGER, oncle de l'épouse. 

Signatures au bas de l'acte de mariage
(source : Archives départementales de la Charente - 3 E 256/9 - p. 221)

Un peu moins d'un an plus tard, naît une petite Marie Joséphine au village de Chez Mourgoux (le plus peuplé de la commune) à Mouzon. Les DESVEAUX y vivent à plusieurs familles puisque les parents Jean DESVEAUX et Anne FOURGEAUD sont accompagnés de deux de leur filles Anne, de leur gendre Jean BROUSSAUDIER, de leur petit-fils Jean BROUSSAUDIER, et du jeune couple Pierre DESVEAUX (leur fils) et Louise BESSE (leur belle-fille). 

Recensement de 1872
(source : Archives départementales de la Charente - 6 M 128 - p. 5)

Il est probable que la famille élevait toujours des boeufs à Mouzon car "le sol est peu fertile et les récoltes sont médiocres" (Jules MARTIN-BUCHEY, Géographie historique et communale de la Charente, Châteauneuf-sur-Charente, Chez l'auteur, 1914-1923, p. 226). Alors que les parents continuent à vivre à Mouzon, le couple DESVEAUX-BESSE et leur jeune fille repartent vivre à Vitrac-Saint-Vincent dans la ferme du Petit Jauniat. C'est là qu'ils vivent en 1876 avec leur fille Marie Joséphine leur fils Jacques et leur domestique de 15 ans Catherine RIVET. 

Jacques DESVEAUX, fils de Pierre DESVEAUX et Louise BESSE et parrain de mon grand-père (vers 1909)
(source : Archives personnelles)

Ils sont un autre fils, Jean, en 1878, avant de déménager pour la commune de Suris (Charente) dans le lieu de Chez Rassat qui semble être une nouvelle acquisition de la famille car je n'y ai trouvé aucun cousin y habitant précédemment. L'activité ne fait aucun doute : "La principale industrie de la commune consiste dans l'élevage du bétail, principalement des boeufs limousins et des porcs. Près de la moitié de la superficie de la commune (475 hectares sur 1108) est couverte de belles prairies ; le reste est consacré à la culture des céréales, qui y donne des résultats satisfaisants. [...] Les foires, qui s'y tiennnent le 16 de chaque mois, sont importantes pour le bétail." (Jules MARTIN-BUCHEY, Géographie historique et communale de la Charente, Châteauneuf-sur-Charente, Chez l'auteur, 1914-1923, pp. 115-116).

(source : Archives départementales de la Charente - 3 P)
C'est la que la famille de Pierre et Louise va s'établir jusqu'à leur décès. Leur fils Pierre y naît en 1881, puis Anne en 1883, puis une autre Anne dite Anne Mélina en 1887. 

Pierre DESVEAUX, fils de Pierre DESVEAUX et de Louise BESSE (vers 1909)
(source : Archives personnelles)

Le premier drame arrive en 1888, quand Anne, la soeur de Pierre meurt à Suris (Charente). Elle avait épousé Pierre JEANNOT, un boulanger, avec lequel elle avait eu 5 enfants. C'est Pierre qui vient déclarer le décès de sa soeur qui les quitte à l'âge de 33 ans.

Puis c'est au tour de sa mère, Anne FOURGEAUD, de les quitter en 1891, âgée de 69 ans. C'est alors que sa femme Louise BESSE tombe à nouveau enceinte. Grossesse peut-être surprise et en tout les cas tardive car elle est alors âgée de 39 ans. Ce sera leur dernier enfant et mon ancêtre, Baptiste DESVEAUX, qui verra le jour en 1893. 

Baptiste DESVEAUX, fils de Pierre DESVEAUX et de Louise BESSE
(source : Archives personnelles)
La famille continue tranquillement sa vie, rythmée des différents mariages et naissances auxquels Pierre sera invité à être témoin : 
  • le mariage de son neveu Jean BROUSSAUDIER avec Louise Rose DELAVALLADE
  • le mariage de sa fille Marie Joséphine DESVEAUX avec Jean MARSIQUET (son cousin au 3e degré)
  • le mariage de sa nièce Louise Françoise dite Marie JEANNOT avec Léonard FARGES
  • le mariage de son fils Jean DESVEAUX avec Anne dite Anna ROULON
  • la naissance de son petit-fils Jean Pierre Maurice DESVEAUX (fils des précédents)
  • le mariage de sa fille Anne dite Anne Mélina DESVEAUX avec Pierre BELLAMY
  • enfin, le mariage de son fils Baptiste DESVEAUX avec Yvonne Marguerite Marie SUIVRE
Faire-part de mariage de Baptiste DESVEAUX et Yvonne SUIVRE
(source : Archives personnelles)
Bien sûr, la vie de Pierre est marquée par la guerre de 1870 et par la Première Guerre mondiale. La plupart de ses fils ne vont néanmoins pas partir à la guerre, pour problèmes de santé. L'aîné, Jacques, est exempté pour tuberculose pulmonaire, Jean, pour néphrite chronique (inflammation du rein), et Pierre pour palpitations et bacillose pulmonaire. 

Finalement, seul Baptiste part à la guerre suite à l'appel de mobilisation. Nous avons trois photos de lui en soldat. 

Baptiste DESVEAUX à l'armée
(source : Archives personnelles)
J'ai la copie de deux cartes postales émouvantes qu'il écrit à ses parents. La première est en date du 3 mai 1914, à Chaumont, jour exact où fut prise la seconde photo ci-dessus. Voici donc ce qu'apprit Pierre de son fils cadet, le seul parti à la guerre : "Chers parents Depuis que je suis rendu on ne nous laisse guerre moisir à Chaumont nous avons déjà découché une fois et la carte que je vous envoie est une photographie prise dans le chef-lieu du canton de Jusennecourt où j’ai passé la nuit. Je puis vous dire que la nuit il ne fait pas bien chaud dans les granges mais tout de même on est beaucoup plus tranquille qu’à la caserne. Mais il y a toujours ce soleil qui vous tape sur la coloquinte. Demain nous allons faire nos marches d’épreuves qui vont durer 4 jours. et on nous fait porter depuis 2 jours le chargement complet de campagne. Enfin on nous fait galoper du pays mais aussi on nous fait traverser de beaux champs de blé, je ne vous crois point que ça les arrange bien. Chez nous ils devraient s’allonger par ce temps doux mais ils voudraient peut-être de l’eau maintenant. Les pommes de terre devraient être belles aussi, mais là je n’en n’ai pas encore vu. Il paraît maintenant que nous n’irons pas au camp de Valdahon mais à un autre petit camp plus près Pour la seconde fois le vieux Babaud se fait mettre en Ballotage mais il réussira sûrement au 2e tour Marquet lui aura plus de mal. Bonne santé à vous tous et bonne reussite à la frairie de Suris. Desveaux soldat au 169e Régimt d’Inf 5e Compagnie". 

La seconde carte qu'il envoie est datée du 22 juin 1914 au Camp du Valdahon, ce qui signifie qu'en un mois seulement, il a traversé la France à pied pour aller sur la ligne de front : "Chers parents, Ainsi que je vous l’avais dit le 17 nous sommes partis pour le camp, le 17 au matin à 2 heures. Nous sommes allés par le train jusqu’à Champlitte (Hte Saône) Ensuite nous sommes allés cantonner à Dampierre-s-Salon à 17 Kilomètres. Le lendemain à Frasne-le Château à 28 Kilomètres le 19 à Moncey (Doubs) à 35 Kilomètres le 20 à Glandon à 35 Kilom. le 21 au Valdahon à 30 Kilomètres. Aujourd’hui il pleut toute la journée et on ne fait rien. Je peux vous dire que les étapes sont dures dans ce pays de montagnes. En arrivant à Besançon j’ai vu les plus hautes montagnes que j’aie jamais vues encore. Il y a des forts au dessus, on dirait qu’ils sont perchés sur la Tour-Eiffel. Mais contrairement à ce que je pensais le camp du Valdahon n’est pas montagneux mais il est très boisé. Le 21e Rt d’Infrie de Langres est arrivé le même jour que nous et il paraît que le 60e de Bosmon va venir dans quelques jours. Des detachements du 4e et du 5e artillerie ainsi que du 35e Rt Infrie y effectuent leurs tirs : Je ne me porte point mal pour le moment et j’espère bien que les gens ne se plaignent pas trop de la quantité de foin, il serait aussi à souhaiter que vous en disiez autant Chez-nous. Partout où nous avons passé nous avons été bien reçus par les habitants j’espère que nous serons aussi bien reçus aux manoeuvres à Epinal. Votre fils qui vous aime Desveaux Baptiste 109e Régit d’Infanterie au Camp du Valdahon (Doubs)". 

Il est émouvant de voir que leur fils est à chaque fois soucieux des problèmes agricoles qui doivent  les concerner. Le 31 mai 1915, Baptiste DESVEAUX fera partie des rare survivants de la terrible attaque de la Bataille de l'Artois où un grand nombre de ses compagnons d'armes est décimé : "A peine sorties des tranchées, elle sont en buttent à un feu violent de mousqueterie de mitrailleuses et de bombes lancées du bas du talus N4 pendant que les fusées illuminent sans arrêt la croupe du talus, et que l'artillerie allemande effectue sur les 1e et 2e lignes un tir de barrage avec des projectiles de tous calibres. [...] A droite, la 6e Cie est soumise à un bombardement continuel qui contusionne un grand nombre d'hommes. [...] 17 Tués - 50 Blessés" (source : Secrétariat général pour l'administration / Mémoire des hommes - 26 N 680/2 - pp. 40-41). Il perdra trois phalanges de la main droite, mais survivra au combat. 

Pierre DESVEAUX s'éteint le 10 mai 1937 à Suris, âgé de 86 ans, quelques mois après le décès de sa femme Louise BESSE. Il aura eu le temps de connaître son petit-fils, mon grand-père, que je peux voir ensemble sur une très belle photo commune. 

À gauche, Louise BESSE, au fond, Yvonne Marguerite Marie SUIVRE, puis Pierre DESVEAUX, à droite sûrement Jacques DESVEAUX (?), au premier plan, mon grand-père (en 1934).
(source : Archives personnelles)