samedi 19 avril 2014

La découverte de l'identité d'un père inconnu

Dans notre arbre généalogique se trouve une situation bien connue dans la famille, d'autant qu'elle est relativement proche de nous : le cas des filles BOURCIER.

(source : Arbre familial, via Geneanet)
Deux filles nées de père inconnu sur deux générations, ou comment transformer l'arbre généalogique de mon arrière-grand-mère en véritable gruyère. Un autre mystère plane sur cette dernière, Victorine Ernestine BOURSIER. Née en 1859, elle n'est reconnue par sa mère que le 20 novembre 1903. Pourquoi si tard ? Ça ne correspond même pas à son mariage en 1880. Peut-être que ma cousine pourra m'en dire plus après avoir visité les archives de Mayet ou de la Sarthe. Ou peut-être que le Fil d'Ariane pourra m'en dire plus s'ils répondent à ma demande d'acte ...

(source : Archives départementales de la Sarthe - 5Mi 201_21 - p. 116)
À force de discussions avec la famille, j'ai appris par cinq sources différentes (descendant directement de Victorine) que le père de Victorine Ernestine BOURSIER aurait été médecin, ce qui en fait une information valide. C'est du moins ce qu'auraient dit ses filles, témoins de première main s'il en est. C'était sans compter son mon obstination à découvrir la vérité. Près d'un siècle plus tard et grâce à internet, nous allons peut-être avoir la réponse. Mais d'abord, situons le contexte.

Mayet sur la carte de Cassini
Modeste Anne Madeleine BOURCIER est née en 1834 à Marigné-Laillé (Sarthe), juste au dessus du bourg de Mayet (Sarthe). C'est sa tante Anne PÉAN, sage-femme, qui déclare la naissance : elle est née de père inconnu. Elle sera domestique à gages à Mayet chez la veuve GARNIER à La Grande Métairie. C'est là qu'elle donne naissance en 1859, à Victorine Ernestine, née de père inconnu.

(source : Archives départementales de la Sarthe - 5Mi 201_21 - p. 116)
C'est précisément cette petite Victorine Ernestine dont le père serait médecin. Revenons un peu en arrière dans les registres de Mayet. J'ai exploré de long en large les registres et le seul médecin à avoir vécu à cette époque à Mayet a un nom : Joseph CHOTARD. C'est en effet un petit bourg qui compte principalement des cultivateurs et des journaliers, un ou deux négociants, et un seul médecin.

La première fois où je vois une mention de Joseph CHOTARD, c'est en 1856, lors de son mariage. Il est originaire du Mans et épouse la fille d'un greffier de Mayet.

(source : Archives départementales de la Sarthe - 5Mi 201_19 - p. 430)
Souvenons-nous, Modeste Anne Madeleine BOURCIER travaillait chez la veuve GARNIER à cette époque. Or voici que la veuve GARNIER vient à mourir.

(source : Archives départementales de la Sarthe - 5Mi 201_21 - p. 120)
On peut penser que l'unique médecin du village aurait rendu visite à une vieille veuve malade et aurait fait la rencontre de sa domestique. Ou qu'à l'occasion de son mariage, il aurait fait appel aux domestiques voisins pour aider à la noce. Car non seulement Joseph CHOTARD est l'unique médecin de Mayet, arrivant tout juste trois ans avant la naissance de mon ancêtre Victorine, mais il habite extrêmement près de la veuve GARNIER.

(source : Google Maps)
Le point rouge désigne le lieu de La Caille où vivait le docteur CHOTARD. Le point gris en bas à droite La Grande Métairie où était employée Modeste Anne Madeleine BOURCIER.

Enfin, dernier indice, les prénoms des enfants CHOTARD. Car il ne faut pas oublier que ce pauvre docteur a une femme. Ils ont un premier enfant en 1857 nommé Joseph Alphonse. Et comment s'appelle son deuxième fils né en novembre 1859 soit dix mois après son enfant illégitime nommé Victorine ?

(source : Archives départementales de la Sarthe - 5Mi 201_21 - p. 168)
Il le nomme précisément Victor Émile ! J'émets l'hypothèse que si Modeste Anne Madeleine n'a jamais reconnu son enfant, c'est parce que le père vivait dans le bourg et qu'on ne sait jamais ... il aurait pu le reconnaître. Car après la naissance de son dernier fils en 1864, Joseph CHOTARD et sa famille quittent Mayet. C'est après ce départ que Modeste Anne Madeleine épouse Charles Hippolyte GUILLEMET.

(source : Archives départementales de la Sarthe - 5Mi 201_23 - p. 224)
Ils seront les parents de celle que nous appellerons la Tante Léa. Dans cet acte de mariage ne figure pas de reconnaissance de Victorine comme fille de Monsieur GUILLEMET (comme cela arrivait autrefois), prouvant bien que ce n'est pas le père de cet enfant.

Cette succession de coïncidences de lieux, de dates et de faits me font croire que Joseph CHOTARD est véritablement le père de Victorine. 

Si on tient pour vraie l'information que le père de Victorine était médecin, nous avons : 
  1. Un médecin qui vient vivre à Mayet 3 ans avant sa naissance et qui est le seul médecin de Mayet
  2. L'employeur de la mère de Victorine qui décède en 1859
  3. Le médecin habite tout près que l'employeur de Victorine
  4. Victorine nait en 1859 d'un père inconnu
  5. Le fils du médecin né en 1859 s'appelle Victor
  6. Le médecin quitte le bourg puis la mère de Victorine se marie
  7. Victorine n'est pas déclarée fille de ce mari dans l'acte de mariage
  8. Victorine est reconnu très tardivement par sa mère (pourquoi ?)
Tout semble concorder à vérifier que ce père inconnu est bien Joseph CHOTARD, ce qui dévoile un nouveau pan de notre généalogie. Il y a tellement d'indices (particulièrement le fait que ce soit le seul médecin de Mayet) que je ne vois pas d'autre solution.

Joseph CHOTARD
|
Victorine Ernestine BOURSIER
|
Mon arrière-grand-mère
|
Mon grand-père
|
Ma mère
|
Moi

mercredi 16 avril 2014

Métier de boisselier

Je commence à rencontrer à de multiples reprises le métier de boisselier chez nos ancêtres de l'ouest et comme de nombreux métiers aujourd'hui disparus, je n'avais pas la moindre idée de ce dont il pouvait s'agir.

(source : Arbre familial, Heredis 2014)
J'ai donc décidé de faire appel à mes amis les philosophes Diderot et d'Alembert et leur encyclopédie. Voyons ce qu'ils nous disent de ce métier.

Denis DIDEROT, Jean LE ROND d'ALEMBERT, Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres, t. V, Lausanne et Berne, Chez les Sociétés Typographiques, 1781, p. 229
Il semble donc que les boisseliers appartiennent à la communauté des tourneurs. En regardant à nouveau les statistiques de mon arbre, je me rends compte que j'ai de nombreux tourneurs, même si, contrairement aux boisseliers, il n'y en a pas parmi mes ancêtres.

(source : Arbre familial, Heredis 2014)
Les boisseliers fabriquaient donc des objets simples en bois. Pas étonnant que certains passent assez facilement de boisselier à tonnelier (fabriquant de tonneaux). Le résultat de leur artisanat est assez bien montré sur cette estampe du XVIIe siècle :

*, Habit de Boisselier, Paris, N. de L'Armessin, 17e siècle (source : Gallica/BnF)

vendredi 11 avril 2014

Louise CHAUVEAU aurait vécu 96 ans

Louise CHAUVEAU
|
Louis CLEMOT
|
Ludovic Raoul Joseph CLÉMOT
|
Renée Clémentine Marcelle CLÉMOT
|
La grand-mère de mon beau-frère
|
Le père de mon beau-frère
|
Mon beau-frère
|
Ma nièce

Louise CHAUVEAU est née peu de temps avant la Révolution, approximativement en 1785. Je connais peu de choses la concernant. Ses parents se sont mariés au Voide (Maine-et-Loire) en 1783. Son père, Urbain CHAUVEAU, est sabotier, fils de sabotier. Sa mère, Louise MARCHAND, est fille de laboureur. 

Les CHAUVEAU vivent à Chanteloup, les MARCHAND vivent au Voide, même si Louise MARCHAND vit avant son mariage à Saint-Georges-du-Puy-de-la-Garde. Toutes ces communes sont relativement proches. Je n'ai pour l'instant pas retrouvé les enfants de ce couple. En effet, un sabotier pouvait tout à fait être itinérant de ville en ville. 

Le Voisde sur une carte de Cassini
Je n'ai pas non plus retrouvé l'acte de mariage de Louise CHAUVEAU avec Jean Louis CLEMOT, tisserand, marchand aubergiste et fabricant. En Maine-et-Loire, pendant la guerre de Vendée, il ne fait pas bon se marier à la mairie. Leur mariage se trouve peut-être dans un poussiéreux registre paroissial en Maine-et-Loire. Ce que je sais, c'est qu'entre 1806 et 1821, ils auront 9 enfants au Voide : 
  1. Jean
  2. Louise
  3. Louis
  4. Louis Marie
  5. Jean Pierre
  6. Jeanne
  7. Marie
  8. Pierre Jean
  9. Henriette
Le seul acte que je connais concernant Louise CHAUVEAU est son acte de décès en 1881.

(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1873-1882 Départementale - p. 148)
Si j'en crois cet acte (qui m'apprend le nom de ses parents), elle serait morte à l'âge vénérable de 96 ans et née au Voide, soit environ en 1785. C'est assez logique puisque ses parents se sont mariés en 1783. Malheureusement, de 1783 à 1791, aucune naissance CHAUVEAU au Voide, ni dans les communes nommées dans l'acte de mariage de ses parents. J'imagine que le sabotier Urbain CHAUVEAU devait se déplacer de village en village. Mais on ne sait jamais, avec cette bouteille à la mer, peut-être quelqu'un retrouvera-t-il son acte de baptême pour vérifier ce grand âge qu'il aurait été admirable d'atteindre après avoir eu neuf enfants !

vendredi 4 avril 2014

Quand musée et généalogie se croisent

Je suis allé ce soir au Louvre dans la galerie des Flamands et des Hollandais pour m'imprégner du milieu de vie et des pays dans lesquels vivaient les ancêtres de ma nièce et j'ai particulièrement flashé sur ce tableau : 

Salomon KONINCK, Philosophe au livre ouvert ou Le philosophe en méditation, vers 1640-1650
Ce tableau, très proche d'un tableau de Rembrandt, faisait partie de la collection du comte de Fraula en 1738. Or, qui était comte de Fraula en 1738 ? Un ancêtre direct de ma nièce ! Jean Baptiste Joseph FRAULA, conseiller d'état et président de la chambre des comptes en Flandre et à Bruxelles, Comte de Fraula.

Jean Baptiste Joseph FRAULA, Comte de Fraula
|
Marie Alexandrine Suzanne Josèphe FRAULA, Baronne de Beyer, Comtesse de Fraula
|
Jeanne Begge Josèphe de BEYER, Dame Dufaure de Sauvezie, Baronne de Beyer
|
Jeanne Guillaumette du FAURE de SAUVEZIE de MEILHAC, Demoiselle
|
Jeanne dite Jeanne Juliette COMBESCOT-DUREPAIRE
|
Jeanne Guillaumette ORIGET-DUCLUZEAU
|
André HULIN
|
André Eugène Théodose HULIN
|
Le grand-père de mon beau-frère
|
Le père de mon beau-frère
|
Mon beau-frère
|
Ma nièce

Armes des comtes de Fraula
C'est quand même fou ce genre de hasard, non ?

mardi 1 avril 2014

Pierre SEICHER au service de l'armée royale

Pierre SEICHER
|
Louise SEICHER
|
Marie Mathurine LEDUC
|
Jeanne Marie Augustine Renée MARAIS
|
Le grand-père de mon beau-frère
|
Le père de mon beau-frère
|
Mon beau-frère
|
Ma nièce

Toujours dans le Maine-et-Loire et ses chouans, je n'arrivais pas à trouver l'acte de mariage de Pierre SEICHER et de Louise BERTHELOT, des ancêtres de ma nièce. Encore une fois, peu d'enfants sous la période révolutionnaire, et les dossiers vendéens m'apprennent que Pierre SEICHER a d'abord émigré sous la Révolution avant de revenir combattre dans l'armée royaliste. Peu de chance de retrouver son acte de mariage si les noces ont eu lieu en Belgique, en Angleterre, ou partout ailleurs en France. Je vais quand même essayer de chercher dans les villes où il semble avoir résidé durant la Contre-Révolution.

Toujours est-il que dans son dossier vendéen se trouve une lettre écrite de sa main au Palais des Tuileries en présence du Roi Louis XVIII.

Joseph-Louis-Hippolyte BELLANGÉ, Adrien DAUZATS, Une revue militaire devant l'arc du Carrousel aux Tuileries sous l'Empire, 1862
Voici cette fameuse lettre numérisée aux Archives départementales du Maine-et-Loire : 







(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1 M 9 / 328 - pp. 8-10)
Du 10 janvier 1824
Pierre Seicher De la Brunetiere
De St Laurent de la Plaine a Monsieur le Segretaire
de letàt
Monsieur.
Je vous ExpoSe que Depuis. 1790 je me suy
toujour praîté a Rendre Service a Ceux
Qui onts Etez Percecuté pour la
Religion. Et la justice Et haine de sa
Majesté Louis 16 Et l’ors que la Eté
Sacrifiez en 1793 : - Dans le Courant
Du Mois de Mars suivant quon a
Vangéz le Crime Abominable Je me
Suy Expatriéz Ensuite me sui faite
Enregimanté volontairement En L’armée
De Mr; De Bauchand Dont Je
Marcher Sous Ces drapaux ; aux Mois
De Novembre que nous avons passé
La Loire ; Monsieur de Bauchand
Etans Mort a varade Je Repassez La
L’oire avec 14 homme et me Sui Reüni a 
Pierre Cathelineau du Côtez du pain En
Mauge et de Salais pour oposer les
Requissions Des grains des Republiquins
Pour detruire notre paye au Retour de 
Mon La Rocheclin et Mr Estofflet ausitot
quil ce Sonlt faits Connoitre Segretement
Je parti avec une Compagnie donlt nous les
avons trouvez au Milieu de la nuite En
Une Petite Chomiere A Côté Des lande
De Mauge. Commune de Salais. afin de
Relever nos Drapaux Royâliste donlt nous
avons perdu notre premier Chef Ensuite
Nous avons Marché a la Suite de 
Mr Stofflet et apres avoir purgez leS autre
De notre paye je Eté nommez par le dit Mr
Stofflet a sonlt quartiez a St aubin Bobiniez
Pour geré la place de CommiSsaire pour
fournir au BeSoinS de nos armée Royale
et pour tenir Lordre et la Corespondance
En notre Commune pandand que nous avons
Conservez L’othoritez Royal ; En 1799 Je
Marchay a la Tête Dune Compagnie
Qu’on a trétéz pour la Liberté des
Ministre de la Religion ; ma santé Etant
Beaucoupe Incomodée de ces Cource ; ne me 
Permeté past de pouvoir marché En 1815
Je Eté Nomez CommiSsaire par Lordre
De Mr Dautichamp En date du 24 mai
Pour pourvoir aux Besoins Des Armée et la
SupSiStance des Indigent Royalis et Sans
Jamais avoir Chancelé je me suis toujourt
Randus utile et mi Rand Encore En tous mon
Pouvoir quoi qua lage de 57 an je prouve 
une Maladi qui me met hor deta de pouvoir
Travaillez ; Je Recu Comme un
Gage de Bienveillance Royâle fait
Au Chatau des tuileries le 11
Juillet 1817, Delivrez le 17 Mars
1821 Signée de la main de Sa
Magestez ; Louis. 18. faite Ce Dit jour
& ans que Dessus
p  ; Sechér.
six Mots Reyir nul
nous Sousigne Jacque caillault
Et mathurin Secher touts
deux anciens capitaine de St
laurant de la plaine
Sertiffions que lexposé ci
dessus et de lautre part
Est Sincere et veritable
cest pour quoi nous
lavons approuve et 
signe pour lui
servir a valoir a ce
que de Raison
Ce qu'on comprends de cette lettre à l'orthographe approximative, ainsi que des autres pièces du dossier, c'est que Pierre SEICHER (qui met en tête "Pierre Seicher de la Brunetière" du nom de la ferme qu'il habite, cela fait sûrement mieux à Paris) a émigré, avant de s'enrôler dans l'armée d'udu Marquis de Bonchamps. Au décès de ce général, il retraverse la Loire avec 14 hommes, d'où il gardera un asthme apparemment fort (il crache même du sang au dire du médecin) et invalidant.

Thomas DEGEORGE, Mort de Bonchamps (détail), 1837
Il rejoint Pierre Cathelineau pour s'opposer aux saisies de grains par les Républicains.

Jean-Hubert SAUZEAU, Les Vendéens demandent à Cathelineau de prendre la tête de l'insurrection, 1900
Il part donc avec une petite compagnie, retrouver le Comte de la Rochejaquelin et M. Stofflet dans une petite chaumière, en pleine nuit, pour continuer le combat royaliste après la mort du Marquis de Bonchamps.

Pierre-Narcisse GUÉRIN, Portrait d'Henri du Vergier, comte de la Rochejaquelein, 1817
Il suit M. Stofflet à Saint-Aubin-Baubigné où il est nommé commissaire pour fournir aux besoins de l'armée royale et tenir l'ordre et la correspondance de la commune. En 1799, il marche à la tête d'une compagnie pour la liberté des ministres de la religion. 

En 1815, il est nommé commissaire pour fournir aux besoins de l'armée royale par le Marquis d'Autichamp qui le charge de s'occuper des indigents.

*, Charles Marie de Beaumont d'Autichamp, début XIXe siècle
Enfin, le 17 mars 1821, il reçoit de la main du Roi Louis XVIII un brevet d'honneur au Palais des Tuileries, à Paris.

*, Portrait de Louis XVIII de France portant le cordon bleu du Saint-Esprit, entre 1814 et 1824
Rare parcours reconstitué d'un commissaire de l'armée royale pendant la Révolution. On suit toute sa campagne relativement bien relatée par lui-même (ce qui est encore plus rare) durant tous les troubles révolutionnaires. Ma chère nièce compte donc un chouan de plus parmi ses ancêtres !

samedi 22 mars 2014

Premier acte en Belgique ... et en latin !

Jeanne Begge Josèphe de BEYER
|
Jeanne Guillaumette du FAURE de SAUVEZIE de MEILHAC
|
Jeanne dite Jeanne Juliette COMBESCOT-DUREPAIRE
|
Jeanne Guillaumette ORIGET-DUCLUZEAU
|
André HULIN
|
André Eugène Théodose HULIN
|
Le grand-père de mon beau-frère
|
Le père de mon beau-frère
|
Mon beau-frère
|
Ma nièce

Je l'avoue, j'étais impatient d'explorer ces pistes des Pays-Bas et de Belgique car je n'ai jamais eu à m'intéresser à ces pays dans ma généalogie. Pour réussir à franchir toutes les étapes, j'ai d'abord réussi à trouver l'acte de mariage de Jeanne Begge Josèphe de BEYER avec Guillaume DUFAURE de SAUVEZIE à Sainte-Féréole (Corrèze) le 14 août 1754. Après les dispenses de rigueur de l'évêque de Limoges et de l'archevêque-cardinal de Malines, je lis que la mère de la mariée vit dans la paroisse Saint-Michel-et-Sainte-Gudule à Bruxelles. Au delà du nom un peu ridicule de Gudule, j'ai l'âge approximatif de la mariée, et je me dis qu'avec un peu de chance, elle est née dans cette paroisse. 

Armes des barons de Beyer
Le Royaume de Belgique a eu la bonne idée de mettre ses archives en ligne il y a environ un an. Je suis donc allé compulser les actes de cette paroisse en 1733 et je suis tombé directement sur l'acte de baptême de l'ancêtre de ma nièce ... en latin !

(source : Archives de l'État en Belgique - 9998_998_00109_000_0_0001_r - p. 49)
Joanna Begga Josepha filia legitima prae nobilis Domini
Joannis frederici Baronis de Beÿer Consiliarii et
magiStri ordinarii camerae rationum Suae Sacra Ca-
Sareae ac Catholica Maiestatis in belgio austriaco
et Dominae Mariae Alexandrinae Susannae jose-
phae fraula coniugum : Suscep : Dominus Thomas
Augustinus fraula nomine Domini joannis Bap-
tistae Guilielmi fraula et Domina joanna
Emmanuel josepha de fraula matertera prolis
baptisatae
J'ai d'abord été surpris de l'excellente écriture du prêtre. Bon, il faut dire que notre enfant est baptisé dans une cathédrale et dans une capitale européenne, ce qui explique la bonne tenue des registres.

(source : Donaldytong, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)
 Grâce à mes restes de cours de latin et un peu d'aide de Google, voici ce que donne approximativement la traduction de cet acte : 

"Jeanne Begge Josèphe fille légitime de noble seigneur Jean Frédéric baron de Beyer conseiller et maître ordinaire de la chambre de comptes de Sa Majesté Impériale et Catholique en Belgique Autrichienne et Dame Marie Alexandrine Suzanne Josèphe Fraula époux : reçu : seigneur Thomas Augustin Fraula nommé [je pense que cela signifie "a tenu pour lui"] Jean Baptiste Guillaume Fraula et Dame Jeanne Emmanuelle Josèphe de Fraula tante de la baptisée"

La mère de Jeanne Begge Josèphe, Marie Alexandrine Suzanne Josèphe FRAULA, a la particularité d'avoir quatre prénoms au début du XVIIIème siècle. C'est relativement rare dans notre pays, moins dans la noblesse du Saint-Empire. Il faut savoir que le grand-père de Jeanne Begge Josèphe est Comte de Fraula, ce qui explique ces débauches de prénoms. Ce ne sont pas des familles princières, mais c'est pas mal quand même niveau titre. Apparemment, Jean Frédéric de BEYER est un familier de l'Empereur Charles VI puisqu'il tient sa chambre des comptes et que c'est ce dernier qu'il l'a anobli Baron de Beyer.

Armes des comtes de Fraula
En tout cas, avec ces archives belges en ligne, c'est le début de nouvelles recherches dans de nouveaux pays. Je suis content d'apprendre que les actes sont en latin et non en flamand. J'aurais eu beaucoup plus de mal à comprendre les actes dans cette seconde langue. Et vous, avez-vous déjà utilisé les Archives de Belgique ?

vendredi 21 mars 2014

Jacques Nicolas MARAIS reçoit la Décoration du Lys

Jacques Nicolas MARAIS
|
Jacques MARAIS
|
Jacques Aimé MARAIS
|
Jeanne Marie Augustine Renée MARAIS
|
Le grand-père de mon beau-frère
|
Le père de mon beau-frère
|
Mon beau-frère
|
Ma nièce

Il y a un réflexe à avoir lorsqu'on a de la famille dans l'Ouest : vérifier les dossiers vendéens. En effet, Sarthe, Mayenne, Maine-et-Loire et Vendée sont des terres royalistes où les chouans ont combattus dans l'Armée Royale de l'Ouest contre la Révolution. 

Jacques Nicolas MARAIS est serger, propriétaire et adjoint au maire de La Jumellière (Maine-et-Loire). Il se marie en 1788 avec Mathurine PAPIN, fille d'un métayer. Je ne leur ai pas trouvé beaucoup d'enfants, mais ce sont des temps troublés dans la région. Une théorie que j'ai eu pour expliquer le petit nombre d'enfants (trois seulement) et leur espacement, était que Jacques Nicolas était parti combattre avec les chouans. Elle s'est avérée juste. Et un magnifique dossier de treize pages accessible en ligne sur les Archives départementales du Maine-et-Loire nous en apprend beaucoup.

Tout d'abord, une lettre au préfet du Maine-et-Loire pour exposer son cas qui nous dresse une parfaite histoire détaillée de sa vie durant les épisodes terribles de la Révolution.



(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1 M 9 / 252 - pp. 1-3)
"A Monsieur 
Le Prefet du departement
de Maine et Loire
Monsieur
A L'honeur de vous exposer
Le nomme Jacques Marais que Jusqu'à present lorsque sa
Majesté a daigné répendre ses
Bienfaits sur ses fideles serviteur
ou leur a demandé ou un certificat
d'indigenge ou au moins de grandes
charges de fammille à prouver
qu'il avait cru devoir s'abstenir 
d'exposer ses titres qui des le
Premier travail lui firent decerner
un brevet d'honneur
Il se croit fondé aujourd'hui
a Recliamer une pension
1er Vu une Blessure très grave reçu
A chalonnes en la campagne qu'il 
a fait dans toutes son étendue
outre loire
2° Vu les pertes qu'il a faites
par les fournitures faites à l'amée
qui Consistent
En neuf cent Soixante Six
francs de bons du général Stoflet
qu'il soumettra a Mrs les menbres
de la Commission S'il est nécessaire
les ayant conservee
quinze mille francs valeur en Mdisse
et maisons qui lui furent incendiees
qu'il a perdu durant la Revolution
4° Sur ce qu'ayant exercé les fonctions 
Municipales presque depuis la 
Pacification ; il n'a Jamais dévié
des principes du Pays : s'est dévoué
tout entier et dans des tens de fuite
au maintien de l'ordre tout en conservant
cest mêmes principes ce qui lui a valu
d'exercer ces mêmes fonctions sous le
Gouvernement Légitime qu'ayant été
destitué à l'épocte des cent jours
il repris ses fonctions Sitot que la 
Vendée eut relevé la banière Royale
Comme il avait fait en 99 Joignit
Ses efforts a la Cause commune et
dirigea tout ceux que fit la 
Commune de la Jumellière pour
Seconder son Maire àlors employé
à l'armée, ont Sait que ces éfforts furent
Considérables en hommes et en 
Munitions de Bouches
D'Après une Conduite Si
Soutenue et il ose le dire si
honnorable Le Reclamant espère
que Mrs les menbres de la 
Commission le voudront bien 
Considérer comme Suceptible
d'obtenir une Pension
jacques
marais"
L'orthographe est assez approximative, mais on voit que Jacques Nicolas MARAIS (je suis sûr qu'il s'agit bien du bon car une transcription de son acte de baptême se trouve dans le dossier) a beaucoup perdu durant la Révolution où sa maison et ses biens ont été incendiés.

Suivent quelques documents de Frédéric Joseph de CAQUERAY, maire de La Jumellière, exposant l'honorabilité de Jacques Nicolas MARAIS ainsi que la véracité des bons de la somme de 750 livres donnée au général Stofflet non pour en demander remboursement, mais pour prouver son dévouement à la cause royale.

Thomas DRAKE, Jean-Nicolas Stofflet (1753-1796) général vendéen
(source : domaine public, via Wikimedia Commons)
S'ensuit un certificat médical traitant de ses blessures de guerres.

(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1 M 9 / 252 - p. 6)
"Je Soussigné Chirurgien exerçant à la
Jumellière 4e arrondissement du département de
maine Et Loire, Certifie que Monsieur
Marais (Jacques) agé de 61 ans ou environ
fabriquant Demeurant Commune de la Jumellière
porte à la partie moyenne interne antérieure
de la cuisse droite une cicatrice de forme a peu près
Ronde Renfermée et adhérente à la pouivrose fascialatre
une autre Cicatrice de même forme et semblable
de tout à la précédente à la partie postérieure
et moyenne de la même Cuisse, qui m'a parru être
comme il me l'a dit le suites d'une Blessure faite
par une Balle qui aurait travresé la cuisse dans
cet endroit, et eut laissé beaucoup de Roideur dans
cette partie. Telle est la pure verité en faveur de laquelle
J'ai Signé à la Jumellière le 26 mai 1825"
Puis, un mot fort sympathique de ses anciens officiers supérieurs.

(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1 M 9 / 252 - p. 7)
"Nous offers Vendéens Soussignés
certifions que Mr. Jacques Marais adjoint
de La Jumelliere n'a exposé que la 
Verité dans Son Etat de services et que soit
comme Militaire soit comme Magistrat il 
S'est toujours comporté en Brave et fidéle
Vendéen et que Les blessures qu'il porte en sont
La preuve"

Enfin, en 1814, Jacques Nicolas MARAIS reçoit de la part du Duc d'Angoulême la Décoration du Lys.

François Joseph KINSON, Louis-Antoine d'Artois, duc d'Angoulème (1775-1844), Grand-Amiral de France
(source : domaine public, via Wikimedia Commons)
La Décoration du Lys était accordée aux hommes ayant été fidèles au Roi et ayant soutenue la cause royale pendant la Révolution. Lorsqu'ils recevaient cette décoration, les destinataires prononçaient cette phrase : « Je jure fidélité à Dieu et au Roi pour toujours ». Le magnifique diplôme de décoration de Jacques Nicolas MARAIS est numérisé dans son dossier.

(source : Archives départementales du Maine-et-Loire - 1 M 9 / 252 - p. 11)
"TITRE POUR PORTER LA DÉCORATION DU LIS.
Au Nom du Roi.
D'après les Ordres de Son AlteSse Royale Monseigneur le Duc d'Angoulême, 
Grand-Amiral de France, avons autorisé et autorisons par cette présente Monsieur
Marais, Adjoint au Maire de la Jumellière, à porter la Décoration du Lis, 
en témoignage de son amour et de sa fidélité envers la personne sacrée du Roi.
Donné à Angers ; le 15 8bre de l'an de grâce 1814.
Par ordre de Son Altesse Royale, 
Le Préfet de Maine et Loire"
Enfin, un dossier relatant ses états de service où il "Demande que S. M. daigne Lui accorder Les recompenses dont il sera jugé Susceptible, et s'il est Possible soit en cet instant soit dans un temps Plus favorable de Prendre Ses pertes et Les fournitures qu'il a faites aux armées de S. M. en considération". On y apprend qu'il fut "Soldat commissaire aux vivres" de 1792 à 1798, qu'il a "passé La Loire et a été à toutes Les affaires jusqu'à Savenay inclusivement - répassa la Loire quatre Mois après ayant eu Le Bonheur de se cacher pendant ce temps Si périlleux" et qu'"il S'est trouvé au comBat de Chalonnes et à dautres". Que pendant la République, il "avoit refusé La place de Maire et donné sa demission aprés Le 20 mars reprit ses fonctions et seconda Le parti de tous ses envoyeur avant et après Le 6 de Mai". Enfin, il est précisé que "ses pertes ont ete Grandes Sa maison Brulée Pendant La guerre avec Beaucoup de Marchandises, enfin Perdit tout ce qu'il Possédoit. (il est fabricant ensuite il fournit pour La Compagnie Des Chasseurs, de Chemillé (armée de Stofflet) pour 960 lt d'étoffes. il en a en été payé en Bons imprimés du Gal Stofflet.".

Ces renseignements sont incroyables et nous plongent complètement au milieu de la Révolution et des vies bouleversées par cet événement (particulièrement dans l'Ouest de la France). En tout cas, j'ai ainsi découvert l'existence de la Décoration du Lys.